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Séminaire WCC, mai 2013

Cambridge

Le congrès annuel du WCC ("World Cat Congress") s'est tenu cette année à Cambridge, Royaume Uni.
Il y a réuni des représentants de chacun de ses 9 membres  :

  • ACF (Australian Cat Federation),
  • CCCA (Co-Ordinating Cat Council of Australia),
  • CFA (Cat Fanciers’ Association),
  • FIFé (Fédération Internationale Féline),
  • GCCF (Governing Council of the Cat Fancy),
  • NZCF (New Zealand Cat Fancy),
  • SACC (South African Cat Council),
  • TICA (The International Cat Federation)
  • WCF (World Cat Federation)

 

Le LOOF y était également présent en tant qu'observateur.

Le samedi se déroulèrent 2 expositions sous l’égide du GCCF, au sein d'un grand refuge multi-espèces à une vingtaine de kilomètres de Cambridge. Voici quelques photos de leur chatterie, un modèle du genre.

enseigne chatterie couloir

 

Quant à l'exposition elle-même, conformémement à la tradition du GCCF, les cages sont toutes blanches sans signe distinctif, et les exposants doivent quitter la salle pendant les jugements.
Les juges déambulent alors dans les allées et examinent sur leur petit chariot roulant les chats qu'ils ont à juger, c'est ce que vous pouvez voir sur la photo ci-contre.
Jugements

 

Le dimanche eut lieu le séminaire sur le thème de « L’élevage félin responsable et éthique », avec les interventions de différentes personnalités du monde scientifique : Pr P. Bateson (éthologue), Pr T. Gruffyd-Jones (vétérinaire) et Pr L. Lyons (généticienne).

 

Après que les différentes fédérations eurent exposé les règles éthiques qu’elles mettent en place en faveur d’un élevage responsable, Sir Patrick Bateson aborda le bien-être du chat en élevage, évoquant les thèmes suivants :


Le Pr Tim Gruffyd-Jones prit la parole sur le sujet « Santé des chats de race – Passé, présent et futur ». Commençant par la variabilité de la taille des portées chez le chat de race, il évoqua différentes études, dont une sur les dystocies (mises bas difficiles) dues à la taille de la tête chez certaines races (Persans, Exotic et British, principalement), dues à la taille des portées (chatons uniques, souvent plus volumineux ou, à l’inverse, portées importantes, induisant une inertie utérine due à la fatigue de la mère), par exemple chez les Siamois et Orientaux.

Une autre raison possible de dystocie pour les petites portées pourrait être liée à la spécificité de l’espèce féline, chez qui les fœtus, dans les derniers jours, libèrent des hormones qui maintiennent la gestation et vont déclencher la mise bas : peu de chatons = moins d’hormones libérées.

Le Pr Gruffyd-Jones recommande de sélectionner des femelles – et des mâles - nés de portées moyennes (le père n’influençant pas la taille des portées, mais le taux d’ovulation de ses filles).

Il poursuivit en évoquant pêle-mêle la relation éleveur-vétérinaire, la prépondérance de la santé pour les éleveurs félins, la bonne direction prise par les différentes organisations présentes dans l’incitation au bien-être de l’animal envers les éleveurs et cita l’importance des tests génétiques, par exemple :

Le développement des tests génétiques amène à réfléchir sur l’éventualité de tester tous les individus, avec pour risque d’aboutir à un pool génétique restreint. Ou encore à conserver la possibilité de faire reproduire des individus porteurs de gènes récessifs – mais pas entre eux ! – et de constituer un registre des individus et leur statut génétique (ex. des Korat pour la Gangliosidose, répertoriés par le GCCF).

Par ailleurs, le Pr Gruffyd-Jones cita l’HCM (tests disponibles pour le Maine Coon et le Ragdoll), affection pour laquelle il est encore difficile de corréler le résultat du test et le développement de la maladie.

Il aborda aussi les maladies contagieuses (respiratoires, PIF…) et l’importance d’élever en petits groupes afin de minimiser la propagation des virus et infections, sans oublier l’impact du stress dû à la surpopulation sur la baisse d’immunité.

Une autre raison évoquée comme responsable de problèmes de santé chez le chat est la « conformation extrême » : l’hyper-type, la mutation (Scottish, Manx, Japanese Bobtail).

Il termina son intervention en annonçant qu'une mutation spécifique semblait avoir été trouvée dans la recherche sur la PIF, et que ceci ouvrait de nouvelles perspectives en vue d'un test de diagnostic.


Leslie Lyons

Ce fut au tour du Pr Leslie Lyons de présenter « Des tests génétiques pour maximiser un élevage sain et une santé de qualité chez le chat ».

Elle commença par évoquer « la pente savonneuse » de l’éthique : où se situe la limite de son application ?
Elle cita l’exemple de la PKD, avec d’un côté, l’aspect létal si le chat porte 2 copies du gène et de l’autre, la possibilité de vivre avec une seule copie défectueuse.
Où se situe la polydactylie sur l’échelle de ce qui est acceptable ou pas ? L’argument de faciliter la marche sur la neige n’est pas acceptable selon elle, les onces ou lynx n’ayant pas de doigts supplémentaires.

En tant que généticienne, ses critères se résument davantage en « que se passerait-il si les chats étaient relâchés dans la nature ? ». Seuls restent alors importants leur aptitude à transformer leur nourriture en énergie et leur capacité à se reproduire. Difficile de décider quelles mutations devraient être éliminées. Sa philosophie, appliquée dans son laboratoire, est la suivante : « les besoins du plus grand nombre l’emportent sur ceux du plus petit nombre ». En testant pour l’hypokaliémie ou la PKD, on sauve des milliers de chats.

Consanguinité

Les pedigrees ne sont pas toujours corrects et des accidents pouvant survenir, difficile d’en tirer des coefficients valables. L’autre moyen de parvenir à une diversité génétique est d’utiliser les marqueurs génétiques.

Elle évoqua ensuite ses études sur les différentes populations de chats sauvages à travers le monde et leurs différences génétiques. Elle parla de la difficulté à distinguer génétiquement certaines races de chats, comme le British SH et l’Exotic SH. Les Selkirk Rex ou Scottish fold sont distinguables d’un British, mais pas un Selkirk straight ou un Scottish straight.

L’une des premières études de son équipe était sur l’Angora Turc et le Turc du lac de Van, qui se révélèrent très différents génétiquement. Poussant l’étude, il s’avéra que la race la plus proche du chat des rues en Turquie était l’Angora Turc, le Turc du lac de Van ayant été assez longuement séparé des autres pour devenir distinct génétiquement.

Si certains chats de Chypre se révélèrent différents génétiquement des autres races de la région, il n’y a pas nécessairement de différenciation génétique des chats des îles par rapport au continent le plus proche (ex. : Hawaï, Les Îles Caroline, Majorque).

Revenant au chat de race, L. Lyons évoqua le cas du Burmese et recommande aux éleveurs à travers le monde de travailler ensemble, qu’ils soient d’Europe ou d’Australie et qu’il s’agisse de Burmese anglais ou américain, voire d’Asian, en les testant génétiquement et ce, pour sauver la race de l’extinction (N.B. : la moitié des prélèvements qu'elle a reçus proviennent d’Europe, puis d’Australie, malheureusement peu des USA).

Les mutations

Compte tenu de l’avancée technologique de ces 2 dernières années, permettant de tester 63 000 marqueurs en même temps, son but à terme est d’identifier toutes les mutations existantes. « Les mutations sont une bonne chose », insista-t-elle. Parmi les quelque 25 000 gènes sur les 38 chromosomes, seuls quelques centaines différencient un chat d’un autre.

L. Lyons indiqua qu’elle souhaitait travailler sur des prélèvements de chats caramel et concernant l’Ambre, qu’elle ne voyait pas de raison pour que le test ne soit pas valable chez les autres races que le Norvégien.

La recherche sur la panachure (« white spotting ») ou celle sur le gène « blanc dominant » (lié à la surdité) sont beaucoup plus ardues.

Le gène responsable de la frisure chez le Cornish Rex pourrait occasionner des problèmes dentaires ou une alopécie chez l’humain : un même gène ayant des mutations différentes chez une autre espèce peut être responsable de graves problèmes de santé.

La mutation causant la nudité du Sphynx et celle responsable de la frisure du Devon Rex ont été identifiées et elles portent sur le même gène, de même que pour la frisure du Selkirk Rex.

Pour les chats à poil long, il existe 4 mutations différentes du même gène.

La mutation du Scottish Fold a été identifiée et il est désormais possible de vérifier si un individu a 1 ou 2 copies du gène. L. Lyons suggéra de ne reconnaître que les chats ayant une seule copie du gène et de pratiquer une échographie sur ces chats avant de les faire reproduire afin de vérifier s’ils développent une ostéochodrodysplasie. Si c’est le cas, il est préférable de ne pas les faire reproduire et de procéder à un suivi échographique pour en connaître la progression.

L’absence de queue a également été identifiée génétiquement ; il existe différentes mutations du même gène, non corrélées. S’il n’y a qu’une copie du gène, le chat peut être « rumpy », « stumpy » ou « rumpy riser ». Par sécurité, le Pr Lyons conseilla de ne marier un « rumpy » qu’à un chat à queue normale.

(Questionnée sur la population de Manx sur l’île même de Man, elle expliqua s’y être rendue à 2 reprises pour y opérer des prélèvements : la personne responsable du refuge local lui a expliqué que de nombreux individus sont en si mauvaise santé qu’ils meurent ou doivent être euthanasiés et qu’elle souhaiterait voir disparaître la mutation. Elle ajouta que les mariages Rumpy X Rumpy étaient à proscrire absolument).

Le Pixie Bob et le Japanese Bobtail portent la même mutation que le Manx. Certains Japanese Bobtail présentent aussi l’absence d’une vertèbre thoracique, n’occasionnant toutefois aucun problème de santé.

La mutation « pattes courtes » du Munchkin reste à explorer, et les causes des différentes natures de poil du Peterbald également, de même que la dysplasie de la hanche chez le Ragdoll ou le lymphosarcome.

Puis fut abordée la gestion d’une mutation, et pour cela il faut en connaître la fréquence dans une population donnée : si la fréquence est basse, il est préférable de « supprimer » la mutation de la population en question, si elle est élevée, il faut la « gérer ». Le cas le plus facile étant le cas d’une mutation dominante, de fréquence basse, dans une importante population.

Le Pr Lyons termina son intervention en évoquant son ambition de procéder au séquençage complet d’un chat malade. Pour cela, un grand nombre de prélèvements de toutes sortes sont nécessaires, pourquoi pas en expositions félines. Le cheval et le chien ont beaucoup d’avance en terme de recherche génétique et celle du chat doit passer un nouveau cap.

Compte-rendu en langue anglaise sur le site du WCC : WCC 2013 report

 

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